La marche de la nouveauté 1903

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Cette compétition de marche est ouverte à tous les employés des magasins parisiens.

En ce début de 20e siècle, on assiste à Paris à un mouvement sportif considérable, de tous côtés s’organisent des épreuves nouvelles, entre professionnels ou amateurs, mais aussi entre des jeunes hommes qui jusqu’àlors n’étaient affiliés à aucune société sportive. C’est ainsi qu’apès la marche des boursiers, la marche des banquiers, la marche des assurances, a lieu en cette fin septembre 1903 la marche des employés de nouveauté.

En 1903, on dénombre neuf compétitions, toutes chronométrées, contrôlées et encadrées, elles font l’objet d’un classement, des prix en espèces sont distribués. Après la marche de la nouveauté en septembre succèdent : la marche des midinettes (couturières) et des chemins de fer en octobre, du Petit Matelot (intercorporations) et des scolaires en novembre, des mille regrets (secrétaires de théâtres) en décembre. En 1904 seront organisées les marches des minuinettes (artistes de cabarets), des blanchisseuses, potaches, chansonniers et la marche de l’armée en mai 1904 qui verra plus de 2000 participants.

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«  La marche est la santé de l’homme, un individu ayant coutume de la pratiquer régulièrement a toutes les chances de bien se porter, le sport de la marche ne possède pas les inconvénients de courses de vitesse : il ne prête pas aux excès souvent nuisibles pour les santés chancelantes ou tout au moins non aptes à un entraînement pénible..qu’en donnant au personnel des ateliers, des magasins et surtout des bureaux, le goût de la marche, on combattra avec efficacité l’obésité qui guette les paresseux, et l’apoplexie entre autres calamités qui tue prématurément.

Ce n’est pas une révolution c’est une évolution arrivée à son point culminant. Les questions sportives ont cessé d’intéresser seulement un public spécial, les épreuves sportives ne sont plus seulement l’apanage de quelques sociétés [clubs] particulières ; faire du sport n’est plus, comme jadis, l’originalité pour quelques uns…le sport est en train de devenir la chose de tous, il sera bientôt un des divertissements publics les plus appréciés par les pratiquants et les spectateurs…

Il faut se réjouir que des sports comme la marche et la course à pied commence tout à coup à se développer. Il est à remarquer que ces grandes épreuves ont toutes été organisées par des journaux, devenus pour un moment organisateurs d’épreuves sportives. »

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Ce 20 septembre 1903, la ligne de départ de la marche de la nouveauté est tracée devant les locaux du journal Le Matin boulevard Poissonnière et l’arrivée devant le casino d’Enghien. Long de 42 km l’itinéraire est le suivant : boulevards Montmartre, des Italiens, des Capucines, de la Madeleine, Place de la Concorde, avenue des Champs-Elysées, Arc-de-Triomphe, avenue du Bois de Boulogne, Porte Dauphine, Longchamps, pont de Suresnes, route de Saint-Cloud, Rueil, Chatou, Montesson, Sartrouville, Franconville, Sannois, lac d’Enghien.

Les concurrents recevront au contrôle de Rueil un timbre humide sur la main gauche, au contrôle de Cormeilles-en-Parisis un timbre humide sur la main droite, à la Patte-d’Oie d’Herblay, les marcheurs devront signer une feuille de contrôle. Cette marche est réservée exclusivement aux amateurs.

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979 inscrits « le record du monde des engagements » ils seront 801 sur la ligne de départ. Outre les nombreux prix distribués, tous les concurrents classés en moins de huit heures recevront un diplôme.

– 6 heures, pas un nuage dans le ciel bleu parisien, les concurrents en maillots multicolores portant les insignes distinctifs de leur magasin, coiffés de bérets, chapeaux, bonnets de laine, attachent sur leur poitrine et dans le dos le numéro de leur inscription. A cette heure matinale, il n’y a pas encore d’omnibus, la circulation des fiacres est très restreinte, les automobiles qui doivent suivre les marcheurs sont rangées en une file sur le boulevard Poisonnière, seuls les cyclistes sont autorisés à passer jusqu’à dix minutes du départ.

– 7 heures, une première sonnerie de clairon, puis après trois minutes une deuxième et au bout de trois minutes encore une troisième et dernière pour avertir que le départ est iminent.

Il est 7 heures et 6 minutes lorsque le coup de pistolet du starter libère les marcheurs. Il ne s’agit pas de courir mais de marcher, dès les premiers mètres une trentaine de concurrents sont disqualifiés sur le champ.

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Henri Rivaud prend la tête, beaucoup de spectateurs et de cyclistes, beaucoup trop de cyclistes qui gênent les marcheurs, le premier en a bien 150 autour de lui !

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Heure de passage des dix premiers au contrôle à Rueil :

8 h 28 min 32 s : Henri Rivaud (Samaritaine )

8 h 31 min 29 s : Joseph Guyard (Bon Marché)

8 h 32 min 45 s : Émile Guéret (Grands Magasins Dufayel)

8 h 32 min 48 s : Defaye (La Grande Maison)

8 h 33 min 00 s : Charles Nugue (Tour Saint Jacques)

8h 34 min 00 s : Hippolyte Chagnard (Galeries Lafayette)

8 h 34 min 30 s : Georges Foureau (Tunmer Sports)

8 h 34 min 40 s : André Breloy (Galeries Lafayette)

8h 35 min 12 s : Théodore Leteur ((Trois-Quartiers)

8 h 36 min 38 s : Léopold Perruchot (Bonneaud et Garnier)

Le leader tient bon, encouragé par ses suiveurs, mais entre le 25e et le 30e km, les positions derrière changent, Georges Foureau se rapproche, suivi de Alfred Tunmer et Eugène Pican, ces trois coureurs sont de la maison anglaise Tunmer Sports «  c’est dire qu’Albion va encore nous donner une leçon avant peu ! ».

Au contrôle de Cormeilles, Henri Rivaud est toujours leader, passage à 10 h 04 min 30 s. Il est suivi de Georges Foureau, Henri Bichon, Joseph Guyard et Eugène Pican. Alfred Tunmer n’est pas dans les dix premiers.

Il reste une douzaine de kilomètres, la foule est compacte, Georges Foureau prend alors la tête, il marche à une moyenne de 9 km/h, il a bientôt 500 m d’avance sur ses poursuivants, la victoire lui semble acquise.

Depuis le matin, Enghien est en fête, les trains, les tramways arrivant de Paris amènent jusqu’à 11 heures un nombre considérable de voyageurs qui veulent voir l’arrivée. Les administrateurs de l’Établissement thermal et du Casino ont mis à disposition des marcheurs les salles de bains, de douches et de massages.

Le premier est annoncé, c’est Georges Foureau, il est 11 h 46 min 40 s 3/5. Parti à 7 h 06 min, il a donc parcouru les 42 km en 4 h 40 min 40 s. Le deuxième est aussi un concurrent de la Maison Tunmer puisqu’il s’agit d’Alfred Tunmer qui arrive deux minutes après le vainqueur.

Alfred Tunmer a été champion de France de cross en 1898, et champion de France du 1500 m en 1897. Alfred Tunmer est le fondateur des magasins d’articles de sport qui porte son nom. Il a été également un des piliers du Football Association en France. Alfred et Navil Tunmer avec d’autres britanniques résidant à Paris ont fondé le Standard Athlétic Club avec lequel ils ont été les premiers champions de France de football en 1894. La maison d’articles de sport Tunmer de Paris a sponsorisé de nombreuses équipes de coureurs à pied dans les années 1900.

Alfred Tunmer termine donc 2e de cette marche de la nouveauté en 4 h 42 min 09 s et son frère Navil 51e en 5 h 02 min 25 s. Alfred Tunmer fera don de son prix : 600 francs, aux pauvres de la ville d’Enghien.

Le vainqueur Georges Foureau est âgé de vingt ans, il a débuté en 1900 lors d’un 1500 m où il prit la 2e place, il représentait alors les magasins du Printemps.

En 1902, il terminait 2e du championnat de France du 1500 m derrière Henri Deloge du Racing Club de France, vice-champion olympique du 1500 m en 1900, et devant Gaston Ragueneau, champion de France de cross.

Remis depuis peu d’une blessure au genou, son entraînement a été des plus sommaires, quelques promenades un peu longues et une sortie de 25 km une seule fois.

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Le classement :

1 – 4:40:40 Georges Foureau (Tunmer Sports)

2 – 4:42:09 Alfred Tunmer (Tunmer Sports)

3 – 4:42:10 Henri Bichon (Carnaval de Venise)

4 – 4:43:22 Ludovic Garnier (A La Place Clichy)

5 – 4:48:07 Henri Rivaud (La Samaritaine)

6 – 4:48:25 Jean Parenteau (Le Printemps)

7 – 4:48:55 Eugène Pican (Tunmer Sports)

8 – 4:49:37 Léopold Péruchot (Maison Bonneau et Garnier)

9 – 4:50:01 André Debeaumorel (Le Louvre)

10 – 4:52:44 Charles Nugue (Tour Saint-Jacques)

100 – 5:17:41 Louis Desarmagnac (Phares de la Bastille)

200 – 5:33:30 Honorat Méligne (Ville de Saint-Denis)

300 – 5:49:03 Victor Laurence (Le Louvre)

400 – 6:10:17 Claude Baudot (Le Bon Marché)

500 – 6:35:04 Charles Dapre (Grands Magasins Dufayel)

568e et dernier classé 7:49:02 Baudouin ( A Bobillot)

– Le vétéran est Pierre Larguille, 62 ans, (Tapis Rouge).

– Le plus jeune classé : Louis Saal (Grande-Maison)

– 1re équipe : le magasin des Trois-Quartiers avec 2 points d’avance sur le magasin du Louvre.

Au 1er ; 1000 francs, au 2e ; 600 francs………10e ; 100 francs…54e ; 25 francs. Du 55e au 100e, une breloque en argent spécialement gravée « Marche de la Nouveauté ».

C’est une compétition réservée aux amateurs, aussi, d’après les réglements, les prix en espèces doivent être convertis en objets d’art ou d’agrément au choix des titulaires. Les bénéficiaires doivent faire leur commande et adresser la facture à l’administration du Matin qui réglera à présentation !

Le Matin

La Vie au Grand Air

Le Sport Universel Illustré

Thierry Lefeuvre

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