L’après Fabrice Jaouen …

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Running.bzh se devait de revenir sur Fabrice Jaouen. Agé de 42 ans aujourd’hui, il fait parti des grands noms qui ont marqué l’histoire de l’athlétisme en Bretagne dans les années 2000.

Longtemps licencié à Rennes, il a fait une partie de l’histoire du club avec ses copains du HBA.

Depuis 2015, Fabrice a mis un terme à sa carrière de coureur à pied. Il était un « professionnel » du running. Engagé par l’armée de terre, il avait le statut de militaire, en étant athlète de haut niveau détaché par le ministère de la défense.

Tout a démarré en benjamin où il s’inscrit en athlétisme à Quimper. C’est une rencontre avec un entraineur pédagogue Emile le Coz, prof d’eps à l’école, qui le remarque et le fait progresser en course à pied. Il quittera le Quimper Athlé en 98 pour le club de Rennes (HBA) où il est pris en charge par le célèbre Jo Beaufils. « A Rennes, je suis entré dans un groupe de 6/7 coureurs; Vincent Siou, Mickaël Thomas, Olivier Dauguan, Fabrice Chaumaud, Armel Roussel, Evgueni Sirotine. Il y a eu une énorme émulation entre nous, nous avons fait de gros entrainements, de grandes compétitions, et donc forcément de beaux chronos.

A cette époque là, j’étais très sérieux, extrêmement motivé, j’avais une très bonne hygiène de vie, même à 17/18 ans lorsque j’étais à Quimper. Je ne sortais pas le samedi soir, j’évitais l’alcool, je mangeais sainement, j’étais à l’entrainement le dimanche matin 10h. C’était ma voie, ma passion. Aujourd’hui je rigole de ceux qui me charrient car arrivé à 42 ans, je sors, je fais la fête. Mais moi, adolescent, je vivais déjà quelque chose de très fort. »

Fabrice a fait du bi-quotidien pendant 15 ans. Mais il souffre depuis 13 ans de sa cheville gauche.

« Etant jeune, j’ai beaucoup couru, et entrer dans l’armée de terre cela a accéléré un processus que je n’avais pas remarqué, l’usure de ma cheville gauche. Je pense que c’est une forme d’arthrose. Nous avions fait tous les examens, mais rien ne ressortait. Avec du recul, je n’aurais jamais dû courir 2 fois par jour. J’aurais dû mixer avec du vélo. Le bi-quotidien, c’est normal quand on est payé pour courir, pour maintenir, pour progresser. C’est pourquoi aujourd’hui, malgré l’arrêt de ma carrière à haut niveau, je suis contraint d’arrêter la course à pied. Je ne fais que du vélo, à raison de 3 fois par semaine (180km max par semaine). »

La reconversion

« Passé plus de 17 ans dans l’armée de terre, détaché, était un luxe. J’avais donc un revenu, et je le complémentais avec des primes sur les courses. Je faisais appel de temps en temps à des agents, dont Gwenael Vigot de Brest. Mais arrivé à échéance, il fallait penser à la reconversion. La course à pied en France ne paie rien. Il fallait donc penser à ralentir le sport pour se concentrer sur un travail professionnel, comme tout le monde. »

Fabrice entre donc dans une société de transport à la personne à mobilité réduite en 2016 à Quimper.

« Avant j’organisais mes journées selon mes plans d’entrainements, mes déplacements. Aujourd’hui, j’ai un planning de travail. Mon quotidien a été bouleversé, mais on m’adapte facilement. Je suis entré dans la vraie vie.

En fait, je réalise maintenant ce que les coureurs « non pros » peuvent supporter au quotidien. Après avoir passé une journée au travail, et rentré chez soi le soir, il faut de la motivation pour aller courir. Je ne sais pas si à l’époque j’aurais pu faire la même chose. Je suis admiratif des personnes qui travaillent et partent courir le soir. Il faut un sacré mental et une grosse dose de motivation pour cumuler travail et sport dans la même journée. Je ne sais pas si j’aurais pu atteindre mon plus haut niveau comme ça. »

Son regard

Pour bien comprendre Fabrice, il a couru à très haut niveau sur piste, cross, et route (28’16 sur 10 km, 1h03’51 sur semi, 13’42 sur 5000m). Alors l’explosion du trail le laisse un peu dubitatif …

« Je pense que l’engouement des coureurs sur le trail a tiré vers le bas le niveau sur course sur route, et même en athlétisme. J’ai l’impression que les notions de chrono se perdent dans le trail. La discipline du trail est devenue une vraie économie pour des associations en tout genre. On s’aperçoit même que des associations qui ne sont pas en lien avec le running, se mettent à organiser des trails pour récupérer de l’argent.

Il est sûrement plus évident de créer un trail qu’une course sur route. J’ai été attristé de voir la fin du challenge de Cornouaille.

Par contre, j’ai l’impression que le trail a permis de faire venir beaucoup de coureurs, et de nouveaux coureurs. Ca c’est le côté positif de la chose…« 

Et concernant ses compères, Sandra Lévenez et Benoît Nicolas …

« Benoit et Sandra sont eux aussi détachés mais par le ministère de l’éducation nationale. On ne doit pas les critiquer lorsqu’ils arrêtent les saisons de cross aux régionaux, car ils ont des comptes à rendre à leur fédération, à leur ministère également. C’est leur métier désormais, en attendant qu’ils arrêtent leurs carrières respectives.

Et puis entre nous, en athlétisme, c’est compliqué de rentrer dans l’équipe de France de cross, compliqué de gagner de l’argent, compliqué d’être détaché, alors autant qu’ils prennent du plaisir, qu’ils puissent s’épanouir totalement dans le duathlon. Ils n’auraient jamais pu faire ça en course à pied en France. »

Merci Fabrice

Photos et texte Christophe Faligon

 

2 pensées sur “L’après Fabrice Jaouen …

  • 6 septembre 2017 à 16 h 00 min
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    Superbe article. Riche d’enseignement.

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  • 11 septembre 2017 à 20 h 31 min
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    très bel article chistophe. un mac humble simple que j’ai cotoyé sur les cross quand j’étais jeune.

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