Le pédestrianisme

En France, les débuts de la course à pied moderne et de l’athlétisme datent de la fin du 19e siècle.

Auparavant, le pédestrianisme comme il était convenu de l’appeler n’était pas très prisé. Les récits de courses à pied sont rares dans les chroniques des temps passés. Bon nombre de villes toutefois, organisaient des courses lors de leurs fêtes populaires.

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Les échos des journaux de l’époque rapportaient les exploits extraordinaires des triomphateurs faciles des champs de foire qui, pour quelques sous consentaient à faire en un temps donné, un certain nombre de fois le tour de la place. Certains d’entre eux avaient acquis une notoriété qui leur permettait d’en vivre plus ou moins :

– Yves Gallot (1863-1936) surnommé : le Roi des Marcheurs

– J. Calvayrac né en 1863 à Mazamet, dit l’Homme-Vapeur. En 1882 fit le tour de Paris soit 44 km en 2 h 58 min.

– Camille Bonnin, L’Homme-Éclair, né en 1865, se disait champion de France qui s’engageait à partir de Paris à midi et d’arriver à Meaux à 2 h 10 min. (48 km), puis de faire 20 km en une heure sur la place de l’hôtel de ville, soit 68 km en 3 h 10 min. Mis au défit de faire cette distance sur piste avec chronométreur, l’Homme-Éclair s’abstint !

– Firmin Weiss, L’Homme-Étincelle, né en 1863 à Versailles, de son vrai nom Louis-Firmin Lafontaine, champion de Paris de 1882 à 1886. A Auteuil sur 80 tours de piste le 2 juillet 1882, il battait Camille Bonnin l’Homme-Éclair, cette victoire lança sa carrière de coureur à pied.

Passons sous silence les performances de :

Dejertas ; l’Homme-Hirondelle.

E. Moret ; l’Homme-Express.

A. Gilbert, l’Homme-Rapide.

Louis Saussus, l’Homme-Électrique

L’Italie pouvait compter sur Achille Bargossi, l’Homme-Cheval.

L’Angleterre sur Joe Spencer, l‘Homme-Locomotive.

L’Australie sur J. Charles Williams, l’Homme-Vent…..

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                                                  Achille Bargossi

Tel était le pédestrianisme en France, lorsque au début de l’année 1875, quelques jeunes gens, dont à leur tête on trouvait un Anglais, M. Gerling et Alphonse Blondel, bien connu du monde artistique, fondèrent à Paris le  Club des Coureurs , leur première réunion eut lieu au Cours-la-Reine le 29 avril 1875. Chassés par l’administration de cet emplacement, ils se réfugièrent sur l’esplanade des Invalides, et finalement tinrent leurs réunions en 1876 au Pré-Catelan. Le Club des Coureurs disparut bientôt après. Au programme des compétitions du Club les prix étaient en espèces, et les coureurs prenaient des pseudonymes, pour la plupart des noms de chevaux célèbres. La tenue des compétiteurs était copiée sur celle des jockeys ; toque et casaque.

En 1881, quelques élèves du lycée Rollin, se rencontrèrent les dimanches matin sur les fortifications et aux Tuileries pour courir entre eux. A eux se réunirent bientôt quelques élèves du lycée Condorcet. Ils fondèrent le Racing-Club, qui plus tard devint le Racing-Club de France pour éviter toute confusion avec son homonyme de Belgique. Ses débuts furent pénibles, la grande route du Tir aux pigeons du Bois de Boulogne lui servit de piste plate. Malheureusement, l’élément turfiste et boulvardier s’empara aussitôt de ce petit groupe, et lui donna bientôt une impulsion néfaste : pour ceux-ci les courses ne devaient être que l’imitation de celles d’Auteuil et de Longchamps. Les jeunes athlètes couraient affublés de bas de soie noire, culotte blanche bouffante, serrée aux genoux, ample casaque et toque, et les courses de chevaux étaient à ce point singées que non seulement les prix disputés avaient une valeur argent, mais encore les jeunes gens s’organisaient en écuries, courant sous des noms de chevaux célèbres, aux ordres de propriétaires qui les engageaient, car la cote et les bookmakers existaient également.

En 1884, un nouveau Comité, sous la présidence de Ernest Demay, entreprit une campagne qui mit fin à ce triste état de choses et qui prolongé eut compromis l’avenir de l’athlétisme en France. Le secrétaire du club ; Georges de Saint-Clair proposa de nouveaux règlements : les pseudonymes furent interdits, ainsi que les prix en espèces. Avec eux disparurent la cote et les parieurs. Le Comité imposa l’amateurisme au sein du Racing-Club de France.

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En juin 1884, fut inauguré à Paris, place du Danube : le champ des courses à pied et vélocipèdes.

De 1884 à 1887, le Racing-Club passa par une période des plus difficiles, mais le 1er novembre 1886, le Racing-Club organisa la première rencontre internationale d’athlétisme sur sa nouvelle piste du Bois de Boulogne, à laquelle furent conviés Anglais et Belges. Malgré un temps pluvieux, elle eut un grand succès. Les Anglais remportèrent facilement les trois épreuves ; 100 m, 400 m, 1500 m et sur le 120 m haies victoire de George-Bernard Shaw, Prix Nobel de littérature 1925.

George-Bernard Shaw était Irlandais : « L’Angleterre ne peut plus se passer de ses Irlandais et de ses Écossais, parce qu’elle ne peut se passer de bon sens. »

Les jeunes coureurs français adoptèrent alors la tenue des Anglais ; le maillot, la culotte courte, les chaussures à pointes, remplaçant la casaque et la toque de jockey. Ils s’enquirent auprès des vainqueurs de leur mode d’entraînement et de leur façon de courir, et résolurent de faire de la course à pied un vrai sport. Le Racing-Club et le Stade Français, fondé en 1882, étaient les deux principaux clubs de  » sports athlétiques « .

Début 1887, de Saint-Clair crée l’Union des Sociétés Françaises de Course à Pied, une nouvelle ère débute pour les coureurs, la course devient un sport.

 » Éole « , Frantz Reichel, L. Mazzuchelli, Les Sports Athlétiques, 1895

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Thierry lefeuvre

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