Paramé-Rennes 1902

La première course à pied sur route longue distance organisée en Bretagne date du mois d’août 1892 St Brieuc-Brest 147 km, puis plus rien. Il faut attendre dix ans en juillet 1902, pour voir à nouveau les coureurs se mesurer sur une distance similaire; Paramé-Rennes et retour, 150 km, course officielle sous les règlements de la Fédération des Sociétés Athlétiques de France.

L’organisateur Louis Meiller, propriétaire du café de la Mairie à Paramé, avait affiché le déroulement de l’épreuve dans son établissement depuis plusieurs semaines : « Le départ est fixé au samedi 19 juillet quelque soit le temps. Les coureurs peuvent adresser leur inscription en bons de poste ou en timbres-poste à la mairie de Paramé. Prix de l’inscription pour coureur français : 1 franc, pour coureur étranger : 5 francs jusqu’au 30 juin .»

Louis Meiller pouvait compter sur le soutien de la municipalité et des commerçants de Paramé, ainsi que des casinos de Saint-Malo, Paramé et Saint-Servan.

500 francs de prix et un diplôme pour tous les arrivants dans les délais.

Début juillet, le comité d’organisation voyant le succès suscité par cette première compétition entre les deux villes d’Ille et Vilaine, décida d’augmenter le tarif des inscriptions et de le porter à deux francs jusqu’au 15 juillet.

Les contrôles fixes étaient au nombre de cinq : Saint Méloir km 7 chez M. Bezier. Dol km 21 café Louvet. Combourg km 38 Hôtel du Château. Hédé km 52 près de la Mairie et Rennes km 75 quai d’Orléans au café de l’Europe. Même trajet et mêmes contrôles pour le retour. Départ et arrivée mairie de Paramé.

Un prix supplémentaire de vingt francs était accordé au coureur qui signera le premier à Rennes, à condition que celui-ci effectue la totalité du parcours dans un délai de 28 heures. Le départ étant fixé à 16 heures le samedi 19 juillet, le délai pour ce coureur était donc dimanche 20 juillet à 20 heures.

Dans la liste des cinquante engagés, quelques coureurs de renom :

– Alfred Bollé (Paris) 41 ans, 3e de Paris-Roubaix (284 km) en mai 1898, et 9e du marathon Paris-Conflans en juin 1898

– Albert Corey (Amiens), 24 ans, 16e du premier marathon français Paris-Conflans en juillet 1896, 10e du même marathon en juillet 1901 et 7e de Conflans-Paris en juillet 1902, soit deux semaines avant Paramé-Rennes-Paramé.

– Eugène Besse (Paris), 4e du marathon des J.O de Paris en juillet 1900.

– E. Rabier, le local, originaire de Dol de Bretagne, 13e du marathon Conflans-Paris du 6 juillet 1902.

-Georges Fleury (Paris) 47 ans, 12 h 27 min sur 100 km et 158 km sur 24 heures.

– Émile Anthoine (Paris) 20 ans, 11 h 22 min 09 s sur 100 km, futur créateur de Paris-Strasbourg à la marche.

– Immé, Belgique 63,200 km sur 6 heures. 

Albert Louis Corey

Albert Corey

Le départ est donné comme prévu à 16 heures, le peloton des concurrents reste compact durant les premiers kilomètres mais ne tarde pas à s’effilocher, un petit groupe se détache, parmi eux Besse, Rabier, et Corey qui prend la tête. Combourg (38 km) ; Corey et Rabier en 3 h 31 min, puis Bollé, Besse, Immé, Duyck…

Corey pris de crampes d’estomac ralentit et passe en troisième position à Hédé.

C’est Eugène Besse qui arrive le premier à Rennes à 23 h 26, il a mis 7 h 26 pour effectuer la moitié du parcours : 75 km. La foule est nombreuse place de la Mairie et sur les quais, les premiers concurrents sont vivement encouragés. Besse qui souffre des pieds s’est arrêté, on lui prodigue des soins, il repart à 23 h 47.

Le deuxième arrive au contrôle à 23 h 56, c’est Albert Corey, licencié à l’U.S Paris, il est sergent-major au 8e bataillon de chasseurs à pied en garnison à Amiens, après avoir pris un verre de champagne il repart à 0 h 06. Le 3e Alfred Bollé, arrivé à 0 h 26, il repart 20 min plus tard. Le 4e à Rennes est Immé, arrivé à 0 h 31 il repart à 0 h 46 avec Bollé.

Sur le chemin du retour, Corey rattrape Besse, ils font la course en tête laissant les autres coureurs à bonne distance, à l’approche de Paramé, Albert Corey lâche son compagnon de route et franchit la ligne d’arrivée à 11 h 34, Eugène Besse arrive 1 heure et 6 minutes plus tard à 12 h 40.

Il faudra attendre plus de trois heures pour que Alfred Bollé complète le podium. Un fort orage, avait détrempé les routes et a forcé de nombreux coureurs à abandonner la course.

 » Corey aurait certainement accompli le parcours selon ses prévisions en 17 heures, si la malencontreuse pluie n’était venue rendre les routes boueuses et difficiles. » l’Auto

classement:

19 h 34 Albert Corey, Union des Sports de Paris

20 h 40 Eugène Besse, Club Athlétique du Sud

23 h 50 Alfred Bollé, Club Athlétique Parisien

24 h 00 Charles Duyck, Union des Sports de Paris

25 h 01   Lebars, Rennes

   »   »        Lemasson, Dol de Bretagne

1er prix : 200 francs

2e : 100 francs

3e et 4e : 50 francs

5e : une montre en argent

6e : 25 francs

15e : une médaille

Albert Corey

Albert Corey émigra aux États-Unis en 1903 et s’établira à Chicago, où il exerçait disait-on le métier de briseur de grèves.

Au marathon des J.O de St Louis en 1904 il est médaillé d’argent pour les U.S.A, étant licencié au Chicago Athlétic Association il est considéré comme américain. En réalité, Albert Corey né en France était bel et bien Français, « Nous n’avions pas à préciser que Corey n’était pas américain…» répondirent les officiels U.S lorsque la question leur fut posée.

En septembre 1905 Corey est l’un des quarante participants du premier marathon de Chicago.

Albert Corey 1907 à Chicago

Albert Corey et un coureur non identifié à l’arrivée de Milwaukee-Chicago 1907

Le 25 octobre 1907 il termine 1er de la course en ligne Milwaukee-Chicago, 95 miles (153 km) en 18 h 33 min 00s, le record précédent était de 19 h 54 min 00 s, et l’année suivante en septembre 1908 il remporte le marathon de Chicago en 2:57:30.

Topeka, Kansas avril 1908

Topeka, Kansas, avril 1908

En 1908, les Jeux Olympiques sont organisés à Londres, Albert Corey est invité à représenter la France sur marathon, tous frais payés.

Il refusera préférant s’aligner sur le marathon de St Louis où le vainqueur était assuré d’intégrer l’équipe américaine.

Mauvaise pioche car le 2 mai 1908 il termine 4e du marathon de St Louis en 2:38:47, c’est Sidney Hatch le vainqueur en 2:29:56 qui gagnera son billet pour Londres, ainsi d’ailleurs que le 2e Joseph Forshaw, 2:33:50.

A Londres, Joseph Forshaw terminera 3e du marathon olympique, Sidney Hatch sera 14e. Le médaillé d’or sera l’américain d’origine irlandaise John Hayes, après que l’Italien Dorando Piétri fut disqualifié.

L’équipe américaine avait sept représentants, la France aucun.

En mars 1909, Albert Corey, devenu professionnel, et l’américain Peter Hegelman participent aux six jours de New York par équipes, ils termineront 6es avec 1045,047 km  :

https://www.running.bzh/les-six-jours-de-new-york-1909/

Albert Corey regagne la France en 1910 où il n’apparaît plus dans les résultats de courses à pied. En juillet 1913, il participe au concours de l’athlète complet au stade de Colombes dans la catégorie «  professionnels de 35 ans et plus », le 15 août de la même année il est au départ de la course cycliste Paris-Bordeaux, 591 km, il se classe honorablement 11e en 27 h 35 min, ensuite il disparaît de la circulation.

Albert-Louis Corey est né en 1878 peut-être en région parisienne. Dans sa jeunesse il était domicilié à Charenton-le-Pont. Sa date de décès n’est pas connue.

Waterbury Connecticut août 2005

Waterbury Connecticut

Albert Corey lorsqu’il était militaire à Amiens disait avoir couru un 100 miles (161 km ) en 16 h 22 min, ce qui était la meilleure performance mondiale à l’époque.

Albert Corey avait comme projet durant l’été 1906 d’effectuer le trajet Chicago-New York en moins de deux semaines, la distance était de 1000 miles. Apparemment son projet est tombé à l’eau.

sidney hatch et albert corey 1907 marathon de l'illinois

marathon de l’Illinois 1907, Sidney Hatch à gauche, gilet et cravate, et Albert Corey  

Thierry Lefeuvre

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