Paris-Belfort 1892

En 1891, la course cycliste Paris-Brest et retour, créée par Pierre Giffard, journaliste au Petit Journal, fut un véritable succès. Organisée de nos jours tous les quatre ans, cette épreuve est devenue le rendez-vous incontournable des cyclosportifs du monde entier, la 19e édition aura lieu en août 2019.

Un an plus tard en juin 1892, sur le modèle de cette course à vélocipèdes, Pierre Giffard, qui signait ses articles « Jean-Sans-Terre » organise la première course à pied longue distance ; Paris-Belfort, 496 km : « Notre collaborateur Jean-Sans-Terre en a pris l’initiative lui-même ; monté sur sa vaillante bicyclette, il a préparé les voies, examinant les obstacles, mesurant les difficultés aux forces à mettre en mouvement.» Mais ce génial créateur d’événements sportifs ne s’arrêtera pas là, en 1894 il lance la première course automobile au monde Paris-Rouen, en 1896 le premier marathon Paris-Conflans, en octobre 1903 la première course à pied féminine ; Paris-Nanterre, 12 km.

le parcours

la lutte de marcheurs

Juin 1892, Paris-Belfort est donc le premier « ultra » pédestre, un mot inconnu à l’époque. Un saut dans l’inconnue car personne ne sait exactement comment vont réagir les organismes ; «  c’est une marche de 500 km telle qu’on n’en a encore jamais vu en aucun temps ni en aucun pays. » Cette épreuve, réservée aux Français, provoque un engouement incontestable, il y a 1136 inscrits, mais il faut bien admettre que la plupart ne sont pas préparés pour un si long effort. Les inscriptions, 5 francs, étaient closes un mois avant. Plusieurs femmes ont écrit au Petit Journal pour participer à la course, l’une d’elles signant : « une bonne gaillarde sablaise, parce qu’elle tient absolument à prouver au sexe fort que le sexe aimable est aussi dans le mouvement. » Réponse de l’organisation : « Nous le regrettons bien vivement mais nous ne pouvons céder au désir de notre correspondante, l’épreuve que nous organisons est exclusivement réservée au sexe laid. » (Deux mois plus tard en août 1892, la Bretagne comme souvent innovera, la course Saint-Brieuc – Brest, verra une femme à l’arrivée).export (4)export (5)

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1136 inscrits, dont 670 parisiens et banlieusards, et quelques bretons :

Finistère : Constantin (Lambézellec), Auguste Bernard (Quimper), Mingam (Plouvorn), Yves Guillerm (Brest)., Jean-Marie Jaouen (en résidence à Levallois-Perret).

Côtes-du-Nord : Pierre Tronel (La Méaugon), Jean-François Oger (Évran), François Helliet et Jean Turmel (Saint Brieuc).

Morbihan : Yves Lossouarn (Vannes), Louis Henriot (Lorient).

Ille-et-Vilaine : Prosper Gallon et Germain Porée (Vitré), Pierre Desbois, E. Diot et Jean Rouleau (Rennes),

Loire-Inférieure : Joseph Haffray (Chantenay-lès-Nantes), Théodore Baudry (Nantes). G. X. B (Saint-Nazaire).

Pour cette épreuve chronométrée, il y a treize contrôles fixes entre Paris et Belfort, plus des contrôleurs itinérants sur deux roues qui se relaieront régulièrement pour suivre les participants sur tout le trajet, ils porteront des brassards distinctifs. Les concurrents auront un brassard tricolore sur le bras gauche avec leur numéro imprimé en noir, ils devront avoir sur eux leur carnet de route ; un road-book pour ne pas s’écarter de l’itinéraire prévu. Remise du brassard et du carnet les vendredi 3 et samedi 4 juin. Tous les coureurs seront pesés et mesurés avant le départ ainsi qu’à Belfort pour les arrivants.

la peséela taille

Le départ est prévu le dimanche 05 juin à 6 heures du matin, l’appel des concurrents débute à 5h30 devant les locaux du Petit Journal, marcheurs et coureurs se rangent en bon ordre par dix de front, mais cela prend beaucoup de temps. A 6h40, Pierre Giffard donne l’ordre aux clairons de sonner la marche, les 850 partants s’ébranlent sous la pluie, précédés de la fanfare des Enfants de la Vilette ; rue Lafayette, Boulevard Magenta, la foule est énorme, rue de Crimée, rue Petit, boulevard Sérurier, enfin la Porte de Pantin où le départ effectif est donné à 7h20, aussitôt plus de 200 se mettent à courir, les autres plus prudents partent en marchant.

Le délai pour être classé étant de 10 jours (240 heures) le contrôle à Belfort fermera le mercredi 15 juin à 7h20. Sur les 850 partants il y aura 379 arrivants.

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La course :

– Meaux, 38e km : Le Parisien Ch. Baudet arrive le premier à 10h24. A midi et quart 118 concurrents ont passé Meaux.

– Saint-Jean-Les-Deux-Jumeaux, 49e km : C’est Jules Butelet qui passe en tête à 11h55 (4 h 35 min de course).

– La Ferté-sous-Jouarre, 58e km : J. Pailler est le premier à 13h05, Butelet 25 min plus tard.

– Montreuil-aux-Lions, 68e km : A 21 heures ce dimanche 450 concurrents sont passés.

-Château-Thierry, 84e km, grâce aux pigeons de la société colombophile, les contrôleurs savent que le premier est Pailler, il précède le deuxième de près d’une heure. Pailler arrive au contrôle à 16h39, il est âgé de 28 ans, il est peintre portraitiste sur porcelaine à Limoges, il se repose, se ravitaille et repart deux heures plus tard, alternant course et marche. Le deuxième Butelet repart 36 mn après Pailler. Jules Butelet est Normand, né à Maromme près de Rouen, il est boulanger. Les 850 coureurs qui étaient au départ à Paris arriveront tous à Château-Thierry, mais beaucoup arrêteront là. La foule des spectateurs est estimée à quatre mille personnes.

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– Un pointage est effectué au 100e km, c’est Jules Butelet qui passe en tête en 12 h 30 min.

– Épernay, 132e km, le premier arrivé est un autre Normand ; Léopold Jouen, de La-Haye-du-Theil il est 1h20 ce lundi matin 06 juin, le deuxième est Rigot à 1h47, puis Henri Braun à 1h50, Constant Ramogé à 1h54, Louis Duval à 2h48….Jules Butelet à 4h50.

Ce matin le ciel est bleu mais le vent souffle assez fort. Le doyen, Émile de Sylva arrive à 6h55. Beunke sera le dernier concurrent contrôlé à Épernay le mercredi 8 juin à 2h55.

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– Châlons-sur-Marne, 165e km, c’est Louis Duval qui arrive le premier à 8h22, âgé de 49 ans, il est professeur de mathématiques au collège Rollin à Paris. Duval est passé à Saint-Gibrien au 159e km en 24 heures, c’est la première performance française chronométrée sur 24 heures. Le deuxième à Châlons est Hippolyte Gonnet à 9h35, (152 km en 24 heures) et le troisième est Constant Ramogé. Beaucoup de concurrents ont des problèmes de digestion : «  Celà est dû à l’absorbtion de trop grande quantité de boissons glacées. D’une manière générale le plus grand nombre était dans l’ignorance la plus complète des préceptes élémentaires qu’il faut suivre pour faire à pied une si longue distance. »

85 concurrents ont pris le train pour rentrer à Paris.

– Vitry-le-François, 197e km. Il tombe une pluie fine très désagréable, Hippolyte Gonnet est le premier à 15h08, il prend du bouillon avec du bœuf haché, un verre de champagne et repart à 16h00, la foule est nombreuse. Ramogé arrive à 16h50, il va se faire frictionner, manger deux œufs et repart vingt minutes plus tard. Louis Duval souffre de la plante des pieds, sur les conseils de Pierre Giffard, il change de chaussures. L’année précédente, Duval avait participé à Paris-Brest-Paris cycliste sur un grand bicycle. Il avait terminé 49e et effectué le trajet en 6 jours 10 heures 03 minutes, c’était le seul bicycle engagé sur cette course.

Léopold Jouen le 3e arrive à 17h30, il paraît plus fatigué que Ramogé. Le Breton Yves Lossouarn, de Vannes, sergent au 116e régiment d’Infanterie, passera dans la nuit. Quant à Jean-François Oger d’Évran (22) ce sera dans la matinée de mardi. Le contrôle fermera le mercredi soir 8 juin à minuit.

– Saint-Dizier, 225e km, 20h57, Gonnet est en tête, fatigué il va à l’hôtel prendre un cordial, les concurrents sont plus rares, le doyen des coureurs, Émile de Sylva, 75 ans est artiste peintre, il est arrivé à 19 heures et reparti à 2 heures du matin mardi 07 juin.

Le mercredi 8 juin à 17h00, trois cents concurrents sont passés à St Dizier. Cinq sont disqualifiés par les contrôleurs ambulants pour avoir été vus dans une automobile.ramogé à bar le ducvacher

– Bar-le-Duc, 250e km, mi-parcours : Ramogé à 6h55 en tête, il a donc mis 47 h 35 min depuis Paris. Hippolyte Gonnet est à 14 min. Louis Vacher à 1 h 15 min, il est marchand des quatre saisons à Paris, il dit s’être reposé que 15 minutes sur la route depuis le départ de Paris. René Benoît, 15 ans, commis d’architecte à Courbevois passera le mercredi 8 juin à 14h29 sans s’arrêter. Le plus jeune concurrent est le nommé Braun, âgé de quatorze ans, il sera contrôlé à 12h55 le jeudi 9 juin, en bonne forme.

Trois nouveaux contrôleurs partent de Bar-le-Duc ce mardi. Fermeture du contrôle vendredi matin 10 juin.

– Gondrecourt, 296e km, Ramogé à 15h30, il se plaint d’ampoules aux pieds, il mange un bifteck et boit du thé, il repart 40 min plus tard, Gonnet est arrivé à 15h50, il avale deux œufs crus et boit du vin. Vacher, le 3e, dort trois heures sur la paille, il ne veut pas de lit, c’est son habitude. Le temps est beau, la chaleur supportable, la foule est considérable, l’arrivée de Ramogé à Gondrecourt coïncide avec le train du président de la République qui rentre à Paris et s’arrête deux minutes seulement en gare. Un amateur en tricycle suit ou précède les coureurs pour son plaisir depuis Pantin jusqu’à Belfort.

– Domrémy, 314e km, Constant Ramogé passe à 18h12, une voix lui dit qu’il est bien parti pour gagner cette course. « Ramogé tient sa supériorité à la fréquentation des entraineurs anglais de Chantilly. De tous ceux qui le suivent, il n’y en a pas dix qui connaissent quelque chose à l’hygiène. Il faudra pour l’avenir en tenir compte, c’est d’abord à cela qu’aura servi Paris-Belfort. » Constant Ramogé est employé dans l’écurie de course du vicomte de Brisoult à Chantilly. A Domrémy le contrôle des coureurs se fait à l’Hôtel de la Pucelle, mais au premier étage. Le 3e est maintenant François Péguet, il arrive peu avant minuit et repart 30 min plus tard. Les Bretons Oger et Lossouarn passent dans l’après midi du mercredi 08 juin. Un contrôleur à cheval part de Domrémy.

– Chatenois, 337e km, Ramogé à 23h22 (mardi), souffre d’ampoules au pied gauche. Gonnet à 1h30 (mercredi), prend deux heures de repos avant de repartir.

contrôle mirecourt

– Mirecourt, 362e km, Ramogé à 7h40, Gonnet à 8h55, on lui offre un bouquet de fleurs, il repartira après avoir pris un bain, Péguet à 13h35, Duval à 14h40 est ovationné par les professeurs de l’école normale et du collège. Le temps est superbe, Jouen qui était en tête à Épernay (132 km) renonce. Un concurrent en tenue de chasseur est accompagné de son chien « qu’il n’arrive à tenir éveillé qu’en tirant des coups de fusil sur la route »

– Dompaire, 375e km, Ramogé à 10h05, prend dix minutes de repos.

– Épinal, 395e km, mercredi, depuis le début de la matinée tout Épinal est attentif à la course. Aux abords du contrôle, la foule augmente d’heure en heure. Un cycliste du club local annonce l’arrivée de Ramogé qui a passé commande de ; jus de viande, du thé et une douzaine d’oeufs frais. Ramogé arrive à 14 h 14 min 44 s. Il signe la feuille de contrôle et repart aussitôt. Gonnet est pointé à 15 h 31 min 30 s. il prend du bouillon froid, du champagne et des biscuits, on lui met de la vaseline sur les pieds et il repart. Alphonse Atry de Pellouailles (49), qui finira 4e de la course, est arrivé à 20h33, il est reparti aussitôt chausser de bains de mer, portant ses souliers sur son épaule. Il a pris une légère collation à la sortie d’Épinal, au Champ-du-Pin, puis est reparti allégrement en allumant un cigare.

Sylvain Dornon effectue le trajet depuis Paris perché sur ses échasses, il arrivera à bon port. 390 concurrents sont passés à Épinal avant la fermeture du contrôle à 18h00 le lundi 13 juin. Il reste 106 km jusqu’à Belfort, il y aura 379 classés.

– Plombières, 421e km, Constant Ramogé passe à 20h45 sans s’arrêter, la nuit est splendide et fraîche avec un clair de lune magnifique. Sur la route de Luxeuil, qui est à 21 km, Gonnet rejoint Ramogé, une lutte s’engage « au pas de gymnastique » entre les deux hommes sur une côte abrupte de deux km, au sommet Ramogé lâche Gonnet.

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Jeudi 09 juin, François Péguet arrive à Plombières à minuit 30 min, il est toujours 3e. Il a pris deux bols de bouillon avec du jus de viande et de l’eau, il est reparti à 01h05 et a déclaré n’avoir jamais couru, il est cocher à Paris au service du comte Nicolas Potocki. Le docteur de Vouges, suit les marcheurs à tricycle depuis Corbeil jusqu’à Belfort. Atry le 4e à Plombières, s’est arrêté dans une ferme pour dormir un peu.

Les coureurs peuvent prendre des bains et des douches gratuitement à Plombières chez le docteur Daviller.

– Luxeuil, 440e km, Ramogé devant Gonnet à 1h00.

– Lure, 461e km, Ramogé quitte le contrôle à 4h35, encore 37 km et c’est l’arrivée à Belfort, il n’a pas dormi depuis 72 heures, il ne relache pas son effort car Gonnet le suit à une heure. L’état major du 1er régiment de dragons en garnison à Lure décide de suivre le futur vainqueur au pas de leurs chevaux jusqu’à Belfort et de l’accompagner jusqu’à l’Hôtel de Ville.

Péguet passe à 10h00, Atry à 12h39, il revient sur Péguet.

Constant Ramogé apparaît dans le long faubourg de Belfort à 11 heures et franchit la ligne d’arrivée sur la place d’Armes, noire de monde à 11h25. Gonnet arrive moins d’une heure après. «  La foule considérable dans les faubourgs et dans la vieille ville acclame l’homme extraordinaire qui, sans éducation physique préalable, sans préparation d’aucune sorte, par la seule force de son énergie et de sa volonté, vient de franchir à pied en cent heures et cinq minutes l’incroyable distance de 500 kilomètres. » le Petit Journal

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« La plupart des arrivants étaient en assez bonne forme, dès le lendemain ils étaient complètement remis sauf peut-être une légère enflure des pieds. A signaler que chez les premiers concurrents arrivés, à partir du 5e jour la fatigue paraissait moindre et les coureurs auraient encore pu fournir une longue marche. Chez tous la taille a diminué de plusieurs centimètres ; la diminution du poids a varié entre 600 grammes et 7 kilogrammes. L’état assez satisfaisant de leurs pieds après cette marche forcée doit être attribué sans doute au fait que les brodequins lacés en cuir ont été abandonnés assez vite surtout par les premiers qui couraient souvent, au profit d’espadrilles, cette chaussure laisse le pied à l’aise et a une semelle moins dure. Les pieds ont été lavés à l’alcool puis suiffés. Deux concurrents qui avaient absorbé trop de caféine et de la coca ont été malades. Les autres ont pris une nourriture peu abondante ; de la viande, des œufs, du thé, du café. Toutes ces observations pourront porter leurs fruits car pour cette première épreuve longue distance, peu de coureurs étaient sérieusement entraînés ». La Science Illustrée

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classement :

1er : 04 j 04 h 05 min : Constant Ramogé, 34 ans, employé de maison, Chantilly (125 km/j)

2e : 04 j 04 h 53 min : Hippolyte Gonnet, boucher, Paris 20e

3e : 04 j 10 h 46 min : François Péguet, 33 ans, cocher, Paris.

4e : 04 j 12 h 53 min : Alphonse Atry, terrassier, Pellouailles.

5e : 04 j 15 h 01 min : Victor Bagré, 24 ans, marchand, Paris.

6e : 04 j 15 h 08 min : François Helliet, le 1er Breton, St Brieuc(22)

7e : 04 j 16 h 30 min : Darthez

8e : 04 j 18 h 11 min : Emmanuel Lompret, Boulogne-sur-Seine.

9e : 04 j 18 h 22 min : Louis Vacher, 24 ans, marchand des quatre saisons, Paris.

10e :04 j 18 h 26 min : Florimond Caillet, 34 ans, le 1er des militaires. Adjudant au 42e régiment d’infanterie de Belfort.

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20e : 04 j 23 h 37 min : Olard, Orléans. (100 km/j)

30e : 5 j 03 h 20 min : Thourin

40e : 5 j 06 h 10 min : Vérité, Paris.

49e :05j 10 h 00 min : (temps estimé), Louis Duval, 49 ans, Villiers-le-Bois, professeur à Paris (le 1er aux 24 heures)

50e : 05 j 10 h 05 min : (temps estimé) : Jean Turmel, le Petit-Saint-Brieuc(22)

56e :05 j 12 h 30 min : (temps estimé), Georges Grandin, 42 ans, Saint-Germain-en-Laye.

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http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5795000q/f5.item.r=grandin%20le%20marcheur.zoom#

76e : 06 j 03 h 18 min : Jules Butelet, boulanger, Maromme (76) (le 1er aux 100 km)

88e : 06 j 08 h 10 min : Prosper Gallon, Vitré (35)

147e : 06 j 17 h 00 min: (temps estimé) Louis Henriot, Lorient (56)

159e : 06 j 20 h 00 min : (temps estimé) Jean-François Oger, Évran (22)

168e : 07 j 00 h 00 min:(temps estimé) Auguste Bernard, Quimper (29)

183e : 07 j 02 h 00 min (temps estimé) Yves Gallot, 29 ans, le Havre «  le roi des marcheurs »

https://www.running.bzh/yves-gallot-le-roi-des-marcheurs/

234e : 07 j 10 h 00 min (temps estimé) Pierre Desbois, Rennes (35)

238e : 07 j 11 h 00 min, Yves Lossouarn, sergent 116e RI, Vannes (56)

241e : 07 j 15 h 00 min (temps estimé) Sylvain Dornon, Arcachon, échassier

255e : 07 j 20 h 00 min (temps estimé) Constantin, Lambézellec (29)

343e : 09 j 05 h 57 min, Émile de Sylva, 75 ans, artiste peintre, Douai (59) le doyen

356e : 09 j 08 h 00 min (temps estimé), Henri Braun, 14 ans, Paris, le plus jeune

379e et dernier concurrent classé, arrivé à 7h20 le mercredi 15 juin juste avant la fermeture du contrôle est le nommé Parant de Paris : 10 jours pour effectuer les 496 km de Paris à Belfort. (50 km/j).

Le vainqueur :

Constant Ramogé est né le 03 avril 1858 à Saint-Ouen près de Vendôme dans le Loir-et-Cher. Son père était homme de peine, il avait trois sœurs. Marié en 1885, une fille née en 1890. D’abord employé chez un notaire, après son service militaire il devient valet de chambre chez le vicomte de Brisoult à Chantilly, qui l’employa ensuite comme valet d’écurie, puis comme responsable de la comptabilité de son écurie de courses. Après sa victoire dans Paris-Belfort, il est nommé directeur de la salle des dépêches du Vélo à Paris.

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Comme entraînement avant Paris-Belfort, Constant Ramogé avait uniquement fait deux sorties : Chantilly-Paris et retour et Chantilly-Beauvais et retour, soit 90 km environ à chaque fois.

Pour cette course il était chaussé de vieilles chaussures racommodées et de vêtements usagés.

Les récompenses :

Les 23 premiers recevront des prix en espèces

Pour Constant Ramogé  :

Des organisateurs  : 2000 francs

De la commune de Chantilly : 405 francs

Des jockeys et entraîneurs de Chantilly : une montre et une chaîne en or

Du ministre de la guerre : un révolver

Hippolyte Gonnet : 1000 francs ou un objet d’art de son choix.

François Péguet : 600 francs

Alphonse Atry : 400 francs

du 5e au 22e : 300 francs

le 23e : 280 francs

les 6 suivants des médailles

Pour le doyen Émile de Sylva ; un vase de Sèvres offert par le ministre de l’instruction publique.

l'univers illustré

L’Univers Illustré

Avant le départ, la presse quotidienne s’était montrée en général assez hostile à Paris-Belfort, car elle envisageait des conséquences néfastes pour des coureurs/marcheurs inexpérimentés. Malgré tout, cette première compétition fut un succès populaire considérable, les spectateurs sont venus en nombre voir et complimenter les forcats de la route, surtout aux points de contrôles fixes, de jour comme de nuit, où des barrières horaires étaient imposées.

Les concurrents se sont inscrits en masse ; 1136 et étaient nombreux au départ ; 850.

Le nombre de classés 379 dans les délais impartis ; 10 jours, est également important pour une compétition de 500 km. Pour les deux premiers ; 5 km/h de moyenne , un peu plus de 4 jours.

En réalité, après coup, toute la presse fut unanime pour féliciter et reconnaître le culot de Pierre Giffard, d’avoir eu cette idée un peu folle de lancer sur les routes des centaines de marcheurs. Enfin, pas tous les journaux :

«  Il est écrit que nous ne saurons rien faire avec mesure. Le Petit Journal vient d’organiser une course à pied de Paris à Belfort. On ne sait pas bien l’utilité pratique de cette épreuve sportive. Elle ne paraît pas avoir, comme les courses de chevaux, l’excuse de l’amélioration de la race, car Ramogé et Gonnet, les deux premiers sont arrivés dans le plus triste état.  Mais ce qui ne s’explique guère, c’est l’enthousiasme que l’on manifeste à l’égard de ces hommes aux muscles résistants. La ville de Belfort était pavoisée. Nous n’inventons rien ; on avait arboré le drapeau national en l’honneur d’un ancien valet de chambre dont le seul mérite est d’avoir couru plus vite que d’autres. Enfin on va offrir un banquet à un professeur de mathématiques qui a fait 159 km en 24 heures. On n’eût jamais parlé de lui dans les journaux s’il avait résolu un grand théorème. Il est nécessaire d’ajouter que la plupart des Français ignorent les noms de Nicolas Leblanc, l’inventeur de la soude artificielle ; de Philippe Lebon, à qui nous devons le gaz d’éclairage ; de Graham Bell, qui imagina le téléphone et de tant d’autres héros obscurs en l’honneur desquels nulle ville n’a pavoisé et à qui on n’a pas offert de banquets. Nous sommes bien le peuple de Sarah Bernard, Paulus et Coquelin. [artistes de variétés].  Annales catholiques 1892

Paris-Belfort fut le précurseur, ce fut surtout en province que l’on suivit avec anxiété les péripéties de la course ; des journaux locaux, des Sociétés de gymnastique, (ancêtres de nos clubs), organisèrent ensuite et avec succès des épreuves du même genre, certes moins longues, mais on verra fleurir un peu partout en France des courses pédestres à style libre chronométrées :

Août 1892 ; Bayonne, 100 km

Août 1892, St Brieuc-Brest, 147 km

Août 1892 ; St Ouen-Pontoise et retour, 66 km

Août 1892 ; St Cloud – Neauphle-le-Château et retour, 60 km

Août 1892 ; Calais, 130 km

Août 1892 ; Rouen-Dieppe et retour, 122 km

Septembre 1892 ; Neuilly, 24 heures piste

etc…

Thierry Lefeuvre

Jean-Sans-Terre

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